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Vendredi 12 septembre 2003
 
Le Crépuscule des Pionniers

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Le 15 juillet, AOL a annoncé, dans un communiqué de presse la mort programmée de Netscape, mais qui se souvient de cette vieille gloire. Remontons le temps d'une décade .

Il y a dix ans, apparaissait, aux yeux du grand public, le Web. Quelques années auparavant, Tim Berners-Lee, génial créateur inventait la langue du web : le HTML pour créer un intranet au sein des laboratoires du CERN à Genève. Son idée était de refonder le système d'information du CERN, en permettant à ses membres d'accéder à des documents de toute nature et toute forme réunis dans une bibliothèque virtuelle hypertexte.

En 1993, cette invention européenne trouva un développement accéléré quand un groupe d'étudiants (autour de Mark Andreesen) développa un premier navigateur convivial Mosaic. Il permettait une navigation intuitive au sein d'une masse d'information en croissance fulgurante. Netscape devait naître dans la foulée de la rencontre des créateurs de Mosaic et Jim Clark, chef d'entreprise. Au surplus, ils créaient la première internet start-up. Netscape devint rapidement LE navigateur régnant sans partage sur le net. Des dizaines de millions d'utilisateurs ont fait leurs premiers pas sur l'Internet grâce à Netscape ; fondamentalement l'esthétique du web était transformée : l'austérité désertait le réseau au profit de l'entertainment. Les capacités multimédia éclosaient une à une : image, son, animation, vidéo, 3-D . Le Web terrassait les autres univers informationnels de l'Internet comme Gopher.

Rapidement Netscape ne respecta plus la langue du Web et imposa son dialecte. Jusqu'alors, une collégialité indépendante de l'industrie et du commerce gérait l'Internet, ses protocoles et ses langages. Netscape s'affranchissait de cette autorité et ouvrait la voie " à la balkanisation du web ". Ce tour de passe-passe assura son succès et presque 95 % des internautes adoptaient Netscape. Bientôt, AOL déboursa près de 4 milliards d'euros pour acheter Netscape. Mais dans sa marche impériale, Netscape oubliait que " la Roche Tarpéienne est proche du Capitole ".

Le Destin s'appelait Microsoft, il utilisa rapidement la même stratégie de balkanisation que Netscape. Internet Explorer imposa sa langue au Web et aux développeurs. Au travers d'un kriegspiel flamboyant, Netscape fut foudroyé, sa part de marché actuel a été ramenée de 95 à 3 %, son nom va disparaître sacrifié par AOL.

Autre histoire, le 18 octobre 1995, une obscure banque d'Atlanta effectue un don à la Croix Rouge. Coup de tonnerre, la transaction bancaire a lieu sur Internet avec l'agrément du régulateur fédéral de banques américaines. L'Internet banking est né, son promoteur est la Security First Network Bank (SFNB) Cette banque détonne, elle est purement virtuelle et n'a pas d'agence. Très rapidement, elle s'attache à fournir les mêmes services qu'une banque traditionnelle : compte de dépôts, carte de crédit, viennent ensuite le courtage, le paiement en ligne .

L'ergonomie de son premier site web représente l'image d'un guichet bancaire interactif. Il suffit de cliquer sur une partie de guichet pour accéder au service désiré. Cette interface sera copiée par des centaines de sites Web. La banque s'attaquera aux problèmes de sécurité et fera appel à la cryptologie. Elle vendra sa technologie via une filiale aux institutions financières désireuses de commercer sur le net. Le succès est immédiat, la communauté bancaire mondiale étudie à la loupe, les solutions mises en place. Les consommateurs plébicitent le service offert, cinq trimestres de suite SFNB est classée banque en ligne " numéro 1 toutes catégories " par Gomez Advisors (l'équivalent des oscars de la profession).

Comble du succès, la banque virtuelle ouvrira deux vraies agences en Floride et en Georgie puis sera rachetée par la Banque Royale du Canada. Cette dernière l'a absorbée au sein de Centura Bank l'an passé. Le nom de SFNB n'existe plus La réussite de Yahoo, d'Ebay ou d'Amazon ne doit pas cacher le crépuscule des pionniers de l'Internet, la revanche de l'ancienne économie sur la nouvelle.

                                                           Michel Grèze
                                                            Qualisteam