Le
15 juillet, AOL a annoncé, dans un communiqué de presse
la mort programmée de Netscape, mais qui se souvient
de cette vieille gloire. Remontons le temps d'une
décade .
Il y a dix ans, apparaissait,
aux yeux du grand public, le Web. Quelques années
auparavant, Tim Berners-Lee, génial créateur inventait
la langue du web : le HTML pour créer un intranet
au sein des laboratoires du CERN à Genève. Son idée
était de refonder le système d'information du CERN,
en permettant à ses membres d'accéder à des documents
de toute nature et toute forme réunis dans une bibliothèque
virtuelle hypertexte.
En 1993, cette invention
européenne trouva un développement accéléré quand
un groupe d'étudiants (autour de Mark Andreesen) développa
un premier navigateur convivial Mosaic. Il permettait
une navigation intuitive au sein d'une masse d'information
en croissance fulgurante. Netscape devait naître dans
la foulée de la rencontre des créateurs de Mosaic
et Jim Clark, chef d'entreprise. Au surplus, ils créaient
la première internet start-up. Netscape devint rapidement
LE navigateur régnant sans partage sur le net. Des
dizaines de millions d'utilisateurs ont fait leurs
premiers pas sur l'Internet grâce à Netscape ; fondamentalement
l'esthétique du web était transformée : l'austérité
désertait le réseau au profit de l'entertainment.
Les capacités multimédia éclosaient une à une : image,
son, animation, vidéo, 3-D . Le Web terrassait les
autres univers informationnels de l'Internet comme
Gopher.
Rapidement Netscape ne
respecta plus la langue du Web et imposa son dialecte.
Jusqu'alors, une collégialité indépendante de l'industrie
et du commerce gérait l'Internet, ses protocoles et
ses langages. Netscape s'affranchissait de cette autorité
et ouvrait la voie " à la balkanisation du web
". Ce tour de passe-passe assura son succès et
presque 95 % des internautes adoptaient Netscape.
Bientôt, AOL déboursa près de 4 milliards d'euros
pour acheter Netscape. Mais dans sa marche impériale,
Netscape oubliait que " la Roche Tarpéienne est
proche du Capitole ".
Le Destin s'appelait
Microsoft, il utilisa rapidement la même stratégie
de balkanisation que Netscape. Internet Explorer imposa
sa langue au Web et aux développeurs. Au travers d'un
kriegspiel flamboyant, Netscape fut foudroyé, sa part
de marché actuel a été ramenée de 95 à 3 %, son nom
va disparaître sacrifié par AOL.
Autre histoire, le 18
octobre 1995, une obscure banque d'Atlanta effectue
un don à la Croix Rouge. Coup de tonnerre, la transaction
bancaire a lieu sur Internet avec l'agrément du régulateur
fédéral de banques américaines. L'Internet banking
est né, son promoteur est la Security First Network
Bank (SFNB) Cette banque détonne, elle est purement
virtuelle et n'a pas d'agence. Très rapidement, elle
s'attache à fournir les mêmes services qu'une banque
traditionnelle : compte de dépôts, carte de crédit,
viennent ensuite le courtage, le paiement en ligne
.
L'ergonomie de son premier
site web représente l'image d'un guichet bancaire
interactif. Il suffit de cliquer sur une partie de
guichet pour accéder au service désiré. Cette interface
sera copiée par des centaines de sites Web. La banque
s'attaquera aux problèmes de sécurité et fera appel
à la cryptologie. Elle vendra sa technologie via une
filiale aux institutions financières désireuses de
commercer sur le net. Le succès est immédiat, la communauté
bancaire mondiale étudie à la loupe, les solutions
mises en place. Les consommateurs plébicitent le service
offert, cinq trimestres de suite SFNB est classée
banque en ligne " numéro 1 toutes catégories
" par Gomez Advisors (l'équivalent des oscars
de la profession).
Comble du succès, la
banque virtuelle ouvrira deux vraies agences en Floride
et en Georgie puis sera rachetée par la Banque Royale
du Canada. Cette dernière l'a absorbée au sein de
Centura Bank l'an passé. Le nom de SFNB n'existe plus
La réussite de Yahoo, d'Ebay ou d'Amazon ne doit pas
cacher le crépuscule des pionniers de l'Internet,
la revanche de l'ancienne économie sur la nouvelle.
Michel Grèze
Qualisteam