La protection des droits
d'auteurs sur Internet est une problématique de plus en plus
importante chez les éditeurs de toutes natures :
cinématographie, photographie, bibliographie, phonographie,
jeux et logiciels, etc. Internet bouleverse les réseaux de
distribution traditionnels et le piratage est devenu tellement
facile qu'une simple chanson peut faire le tour de la planète
avant même sa commercialisation. Il suffirait bien sûr de ne
plus émettre un seul contenu par le biais d'Internet. Mais les
Internautes représentent une formidable population de
consommateurs facile d'accès et dont le potentiel en termes de
vente est considérable.
Un rapport du ministère de la
Culture et de la Communication, édité en 1994, posait déjà les
problèmes fondamentaux que l'on retrouve encore aujourd'hui :
est-il nécessaire de transformer la législation pour tenir
compte des avancées technologiques ? Les auteurs parlaient
déjà de la convergence des médias, des difficultés techniques
et de législation internationale. Les sociétés d'auteur et
autres organismes travaillent donc depuis plusieurs années à
trouver les moyens de toucher cette population tout en
protégeant les auteurs de tout transit "sauvage" par le Réseau
des réseaux. Deux initiatives remarquables viennent d'être
prises, une première par l'Organisation mondiale de la
propriété intellectuelle (OMPI) et une seconde par le
ministère français de la Culture et de la Communication. Déjà
très impliqué dans le combat des institutions contre le
cybersquattage, l'OMPI vient de ratifier un traité sur le
droit d'auteur (WCT) sur réseau numérique. Entré en vigueur le
6 mars dernier, ce document a pour rôle d'établir les
fondements juridiques de la protection des intérêts des
créateurs dans le cyberespace. Ces derniers devraient ainsi
pouvoir bénéficier d'un cadre juridique pour créer et diffuser
leurs oeuvres, et en réglementer l'utilisation dans
l'environnement numérique.
Le WCT est doublé d'un deuxième
traité, le WPPT (traité sur les interprétations et exécutions
et les phonogrammes), qui sera actif à partir du 20 mai
prochain. Aujourd'hui, chacun de ces deux traités a été
ratifié par une trentaine d'états membres. Le WCT, très proche
de la convention de Berne pour la protection des oeuvres
littéraires et artistiques, prend en compte les droits de
distribution, de location et de communication au public.
Intégrant les programmes informatiques au même titre qu'un
livre ou un film, il cerne également la durée de protection
des oeuvres photographiques et les obligations des états. Le
WPPT, quant à lui, se rapproche de la convention de Rome qui
s'intéresse à la protection des artistes interprètes ou
exécutants (acteurs, chanteurs, musiciens, danseurs et autres
personnes qui chantent, récitent, déclament, jouent,
interprètent, exécutent des oeuvres littéraires ou artistiques
ou des expressions du folklore), des producteurs de
phonogrammes et des organismes de radiodiffusion (c'est-à-dire
la transmission sans fil de sons ou d'images et de sons, ou de
représentations de ceux-ci, aux fins de réception par le
public).
Ce second traité prend en
compte le droit moral, les droits patrimoniaux, les droits de
reproduction, les droits de distribution, les droits de
location, les droits à rémunération au titre de la
radiodiffusion et de la communication au public et les droits
de mettre à disposition. Plus complet et intégrant plus
d'acteurs, le WPPT apparaît comme une extension du WCT qui
n'intéresse que les auteurs. Créé à l'initiative du ministère
de la Culture et de la Communication, le Conseil supérieur de
la propriété littéraire et artistique (CSPLA) existe depuis
plusieurs mois déjà, mais n'est opérationnel que depuis le
début de l'année 2002. Issu d'un arrêté voté le 10 juillet
dernier, ce conseil travaille depuis cette date à l'analyse,
la concertation et la veille sur des sujets variés tels que
les statuts des auteurs sur le Net, la mise en oeuvre de leurs
droits, la transposition de certaines directives et articles
du code de la propriété intellectuelle, le champ de
rémunération de la copie privée (qui a amené la taxe sur le CD
vierge), la contrefaçon et la piraterie, ou encore les
évolutions industrielles et technologiques.
Ouvrant de concert avec deux
commissions consacrées au droit à la rémunération (équitable
et sur copie privée) ainsi qu'avec la commission de contrôle
des sociétés de perception et de répartition des droits, le
CSPLA déploie également des efforts pour appliquer la
directive des droits d'auteur et droits voisins dans la
société de l'information. Cette directive, adoptée le 9 avril
2001, harmonise les droits de reproduction, de distribution,
de communication au public et prévoit une protection juridique
des mesures techniques de protection et d'identification des
oeuvres.