CDCK débarque sur le marché
plutôt encombré de la sécurisation des moyens de paiement en
ligne. Il y a quelques semaines, le GIE Carte bleue (auquel
adhèrent quelque 220 banques françaises) annonçait pour sa
part le lancement de sa propre solution de paiement
électronique, l'eCarte bleue. Présentée sous la forme d'une
carte virtuelle dynamique (CVD), cette dernière permet à
l'Internaute de disposer d'un numéro unique et non
réutilisable pour chaque transaction effectuée. Créé en juin
2000, CDCK développe quant à lui une offre de sécurisation des
paiements par carte bancaire et opte pour un positionnement
technologique particulier.
"Contrairement à ce qui existe
actuellement sur le secteur, notre solution impose d'emblée
l'authentification du porteur de la carte", explique Dominic
Laage, fondateur et p.-d.g. de l'entreprise. La solution mise
au point par la société bloque par défaut toutes les
transactions issues de la vente à distance. Une opération
effectuée en ligne est ainsi systématiquement rejetée par la
banque émettrice de la carte, à moins que le porteur de
celle-ci n'ait préalablement donné son autorisation. Afin de
valider une transaction, il existe deux solutions. La première
consiste à s'identifier par Internet grâce au couple mot de
passe/compte utilisateur, et grâce à un CD Rom insérable dans
un PC. L'acheteur pré-autorise alors ses actes de vente à
distance, via un portefeuille électronique prenant la forme
d'un logiciel client à télécharger auprès de l'organisme
bancaire émetteur. La carte est alors "débloquée" pour un
achat déterminé. Dans le cas où l'utilisateur ne dispose pas
de PC, il peut procéder à un déblocage par téléphone. Après
s'être authentifié par le biais d'un code secret, il lui est
alors possible d'autoriser une vente. "Afin de nous distinguer
de la concurrence, nous nous positionnons sur une
identification forte du porteur, tout en restant indépendants
d'une masse critique de marchands et de porteurs de carte",
indique Dominic Laage. Pour mémoire, plusieurs modèles
permettent d'assurer la sécurisation des moyens de paiements
en ligne.
Si l'eCarte permet au client de
disposer d'un numéro unique et différent de celui de sa carte
traditionnelle, un acheteur en ligne peut également
s'identifier grâce à un terminal de paiement personnel. Une
solution proposée par exemple par la société Cybercomm. Une
autre application consiste à empêcher l'utilisation abusive de
numéros de carte automatiquement générés par un logiciel. Un
chiffre supplémentaire est alors ajouté au dos des cartes
bancaires. Il sera réclamé par certains marchands au moment de
la transaction. Enfin, l'acheteur peut se faire connaître
comme étant abonné à un service de sécurisation. C'est
notamment le principe des technologies 3D Secure et Ucaf/SPA,
connues respectivement sous les marques Verified by VISA pour
le réseau Visa, ou Mastercard Ucaf/SPA pour le réseau
Mastercard. Selon Dominic Laage, ces différentes offres ont
toutes leurs limites, indépendamment de leur niveau de
sécurité. "L'eCarte répond par exemple à un faux problème. Ce
n'est pas sur le Net que sont subtilisés les numéros de carte
bancaire, mais essentiellement dans la vie réelle. De même,
les services utilisés par Visa ou Mastercard impliquent que
tous les sites marchands adhèrent à leur principe", note le
responsable. Visant une clientèle d'établissements bancaires,
CDCK vend sa prestation en marque blanche.
Elle facture une licence pour
un montant variant entre 20 000 et 100 000 E, auquel s'ajoute
une commission annuelle allant de 1 à 10 euros par porteur de
carte. Libre ensuite à l'établissement de refacturer le tout à
ses clients selon sa propre politique tarifaire. Proposant
l'eCarte bleue, la Société Générale refacture son service 6 E
au moment de la souscription, et prend 0,50 E de commissions
lors de chaque paiement. Un coût relativement onéreux qui est
susceptible de freiner les consommateurs sur les petites
transactions. Pour autant, CDCK n'entend pas attaquer la
concurrence sur les prix. "Nos tarifs sont fixés en fonction
de ce qui existe déjà sur le marché", explique Sébastien Vié,
directeur financier de la société. Le coût final pour
l'utilisateur restera toutefois un élément clé de la réussite
du développement de l'entreprise. La grande inconnue demeure
donc la facturation de la solution de CDCK aux clients des
banques. On se souvient que le coût élevé du lecteur Cybercomm
(60 E) n'ayant pas séduit les Internautes, l'entité (dont le
GIE Carte Bleue est d'ailleurs actionnaire) a depuis amorcé un
repositionnement vers des solutions d'eBanking ou d'eTrading.
Par ailleurs, les banques seront-elles prêtes à mettre en
place une solution parallèle au développement de l'eCarte
bleue ?
Déjà commercialisée par la
Société Générale et la Caisse d'Épargne, cette dernière vient
d'être adoptée depuis quelques jours par la Poste. Le Crédit
Lyonnais et les Banques Populaires ont aussi prévu de proposer
l'eCarte bleue à leurs clients avant la fin de l'année. Afin
de cibler au mieux le marché français, CDCK mise donc sur une
expérience préalable menée outre-mer. Il compte en effet parmi
ses clients plusieurs banques polynésiennes dont la banque de
Tahiti (filiale de la Caisse d'Épargne) ou la banque de
Polynésie (filiale de la Société Générale). "La Polynésie est
pour nous un laboratoire d'essai. Nous avons testé notre
service auprès de 200 000 porteurs sur un marché similaire à
celui de la Métropole en termes de processus de transactions,
note Dominic Laage. Nous avons également signé un accord avec
une banque grecque et espérons nous lancer sur le marché
français début 2003". En attendant un véritable démarrage sur
la Métropole, CDCK envisage de procéder à une levée de fonds.
Actuellement dotée d'un capital de 152 449 E, la SAS avait
procédé en juin 2000 à un tour de table d'un montant de 1,06
ME auprès du capital-risqueur Imolat, une société constituée
de business angels tels que Robert-Louis Dreyfus et Christian
Tourres. Le 28 février dernier, ce dernier a financé un
deuxième tour de table à titre personnel, pour un montant de
0,96 ME.
Le capital de la CDCK est
dorénavant détenu à 44% par Dominic Laage, à 33% par Imolat, à
18% pour Christian Tourres, le solde étant réparti entre les
salariés de l'entreprise. Celle-ci envisage l'ouverture
prochaine de ce capital à de nouveaux investisseurs, pour un
apport financier encore non communiqué. Elle désirerait
finaliser l'opération avant la fin du troisième trimestre
2002. Basée à Cannes, CDCK France est détenu à 100% par CDCK
Corporation, holding financière. Disposant d'une implantation
juridique française et américaine, la société envisage à terme
une éventuelle introduction sur le Nasdaq et sur le marché
hexagonal.