La Commission a
adressé une « communication des griefs » à neuf grandes
banques ainsi qu’au Groupement des cartes bancaires « CB ».
Ces griefs portent sur un accord secret dans le secteur des
cartes bancaires de paiement par lequel les banques, avec
l’aide du GCB, répartissent le marché de l’émission des
cartes CB en France, afin de freiner la concurrence de
nouveaux entrants comme les banques de la grande
distribution et certaines banques petites et moyennes,
notamment étrangères.
Selon la Commission, l’accord limite fortement la baisse du
prix des cartes CB et l’innovation technologique.
La Commission a envoyé ses griefs au Groupement CB (GCB)
ainsi qu’aux banques suivantes, toutes membres de son
Conseil de direction : BNP-Paribas, Caisses d’Epargne,
Crédit Agricole, Crédit Mutuel, CIC, Crédit Lyonnais, La
Poste, Natexis Banques Populaires, Société Générale.
Le GCB est un Groupement d’Intérêt Economique de droit
français qui gère le système français des cartes de paiement
(les cartes CB, mais aussi les cartes Visa et Mastercard
émises en France). Il regroupe quelque 155 banques.
Les griefs de la Commission ne mettent nullement en cause la
légitimité du GCB en tant qu’opérateur commun et efficace du
système de paiement par cartes CB en France.
Selon la Commission, l’accord empêche les nouveaux entrants
de proposer aux consommateurs des cartes à prix réduit et
freine l’innovation technologique en limitant l’émission de
cartes munies de nouvelles fonctionnalités.
L’origine de l’enquête :
Fin 2002, le GCB a notifié à la Commission, au nom de tous
ses membres, la mise en place d’une nouvelle tarification,
très complexe, payable au GCB par les banques émettant des
cartes CB. Selon le GCB, ces règles visaient à augmenter la
fonction acquisition [1] au sein du système CB. C’est ainsi
qu’a été institué, notamment, le « mécanisme régulateur de
la fonction acquéreur », ou MERFA, ainsi que des droits
d’adhésion renforcés.
La Commission a rapidement acquis la conviction que les
mesures notifiées résultaient d’un accord secret et
anti-concurrentiel visant à exclure les nouveaux entrants du
marché. Ces derniers avaient commencé, avant d’être
contraints de modifier leurs plans, à proposer des cartes
moins chères et munies de nouvelles fonctionnalités. Par
exemple, l’un d’eux proposait une carte CB Visa
internationale à 25 € par an, contre 41 € en moyenne pour
les 9 banques parties à l’accord.
Lors des inspections surprise qu’elle a menées en mai 2003
dans les locaux du GCB et de certaines des banques à
l’accord, la Commission a trouvé plusieurs documents
démontrant l’existence d’un accord secret visant à empêcher
de façon coordonnée cette concurrence. Un compte rendu de
réunion mentionnait, par exemple : «OK pour bloquer les
nouveaux entrants » alors qu’un autre document indique : «il
faut donc instituer des taxes à l’émission».
La tarification adoptée par le GCB a conduit les nouveaux
entrants à diminuer fortement leur programme d’émission de
cartes. En effet, l’accord renchérit leur coût de revient
jusqu’à 23 € par an et par carte, augmentation qui est
répercutée sur le consommateur.
Il faut souligner que les neuf banques parties à l’accord
sont non seulement épargnées par la nouvelle tarification,
mais qu’elles en bénéficient, car les frais payés par les
nouveaux entrants leur sont reversés.
Les griefs reflètent la position préliminaire de la
Commission quant à des violations des règles de concurrence.
Leurs destinataires ont trois mois pour répondre et demander
à être entendus lors d’une audition.
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[1] L’acquisition consiste pour une banque à faire accepter
par un commerçant la carte CB en tant que moyen de paiement
et à mettre des distributeurs automatiques de billets à la
disposition des porteurs de cartes.