La gestion des droits d'auteur
ne serait pas le problème freinant le développement de la
vidéo à la demande sur Internet. C'est ce que prétend la
Société des auteurs réalisateurs producteurs (ARP), une des
sociétés françaises de gestion des droits cinématographiques.
Un avis qui rejoint celui de la Société civile des auteurs
compositeurs dramatiques (SACD) rendu dans une réponse à
Stéphane Dottelonde de LiberaFilms (diffusé dans le Digital
Business Globe du 29 novembre dernier).
"L'ARP a signé avec la SACD et
les producteurs cinématographiques un accord qui spécifie que
la diffusion sur Internet s'apparente à une diffusion en vidéo
à la demande, confirme Michel Gomez, directeur général adjoint
de l'ARP. Un accord qui vise justement à simplifier la
procédure de répartition des droits d'auteur lors de la
diffusion d'une ouvre sur le Réseau". Pourtant, un problème
subsiste. LiberaFims a fermé ses portes après un an
d'exploitation de son service en ligne. Filmfestivals, qui
pourtant comptait sur l'exploitation aux états-Unis d'un
catalogue de films, a été placé en redressement judiciaire.
Netcine, site du prestataire NTI, a été fermé durant plusieurs
mois avant que son propriétaire soit racheté par Moviesystem,
spécialiste de la distribution de droits d'exploitation de
films en VOD, notamment sur Internet. Sans parler de
Primefilm.com, dont le destin semble plutôt sombre : le site a
été mis en sommeil par ses deux actionnaires Playtime et
Babel@Stal. "Nous allons observer les mouvements qui se
dérouleront prochainement sur ce marché en attendant qu'il
devienne viable, commente Thierry Boscheron, directeur général
de Primefilm. Le site renaîtra peut-être par la suite". Quatre
entreprises sur le même secteur, quatre entreprises dont les
services b-to-c ont connu de gros problèmes. Pour les sociétés
d'auteurs, il ne s'agit pas non plus d'un problème
d'intégration d'Internet dans le calendrier d'exploitation des
films. Certes, cela implique quelques aménagements et
compromis de la part des acteurs plus traditionnels, frileux
de voir arriver un nouveau média concurrent. "Le film à la
demande sur Internet aura la même fenêtre sur le calendrier
que la vidéo à la demande sur les bouquets numériques, la
location et la vente précédant ainsi ce nouveau canal de
diffusion, commente Michel Gomez.
Aujourd'hui, certains
professionnels s'inquiètent de voir Internet devenir un
concurrent potentiel. Mais, nous vivons actuellement la même
situation que lors de l'apparition de la télévision. Le
calendrier s'est alors adapté et il continuera à le faire tant
que de nouveaux moyens de diffusion et d'exploitation
apparaîtront avec les nouvelles technologies". Un calendrier
qui se complique encore un peu plus avec les multiples
dérogations accordées aux chaînes de télévision qui
coproduisent les films. Selon la SACD et l'ARP, le problème
vient d'ailleurs. Les exploitants et diffuseurs en ligne se
trompent de cible. Les droits sont certes gérés différemment
aux états-Unis et favorisent peut-être davantage leur
exploitation en ligne, mais les fermetures successives des
sites Netcine (de nouveau en service), LiberaFilms et
Primefilm amènent à se poser la question. "Nous pensons que le
problème vient des chaînes de télévision qui bloquent les
droits d'exploitation des films, notamment lors des
co-productions, explique Michel Gomez. Il est fréquent que les
chaînes achètent, lors de la production des films, les droits
de diffusion du programme en incluant une clause qui interdit
au distributeur de le vendre à un autre support audiovisuel
broadcast ou Webcast (VOD, paiement à la séance, télévision à
péage, Internet). Les chaînes peuvent ainsi investir sans
inquiétude, et n'ont plus qu'à attendre leur propre fenêtre de
diffusion. Or, jusqu'à cette échéance, les autres diffuseurs
qui utilisent d'autres périodes du calendrier ne peuvent
acquérir de droits d'exploitation. C'est, à notre avis, le
plus gros problème qui se pose pour les sites comme
LiberaFilms ou Filmfestivals". Dernier problème, et pas des
moindres : la technologie. Toutes ces entreprises ont parié
sur le déploiement du haut débit et du dégroupage de la boucle
locale.
"La qualité des services en
ligne n'est pas au rendez-vous comparé aux autres moyens
d'exploitation des films", constate Michel Gomez. Le directeur
général de la société d'auteurs estime toutefois que ce
problème n'est que temporaire, prônant la convergence des
médias et l'avènement des décodeurs numériques. "L'initiative
de Thomson Multimédia et d'Alcatel autour de décodeurs
numériques de nouvelle génération, connectables à Internet et
munis d'un disque dur, prouve que le nombre de services de
diffusion de contenu sur le Réseau des réseaux se développera
de façon exponentielle".