Au
sortir de la deuxième guerre mondiale, l'administration
américaine du président Truman trouva face à elle
une nouvelle puissance mondiale, l'URSS. Une politique
s'imposa le containment : stopper expansion de l'URSS,
la contenir puis la faire reculer.
Microsoft, la success story absolue des trente dernières
années, aujourd'hui effraie beaucoup plus qu'elle
ne séduit. Ses nouveaux projets (main mise sur l'Internet,
téléphonie, vidéo-numérique, domotique .) fédèrent
de nouveaux ennemis acharnés à sa perte. L'ère du
containment a-t-elle sonnée pour la firme de Bill
Gates ?
Les accusations sont multiples, parcourons-en quelques-unes
:
▪ Sécurité.
Microsoft qui équipe plus de 95 % des PC, est
accusé de développer des systèmes perméables
aux
virus, aux attaques des pirates. Début avril
a prévenu
ses clients de 20 failles dans Windows dont
8 qualifiées
de majeures. Face aux délinquants d'Internet,
aux
spams, les utilisateurs sont impuissants comme
livrés
aux prédateurs.
▪ Confidentialité.
Des rumeurs insistantes affirment que
les services secrets américains lisent à livre
ouvert dans
les ordinateurs Windows. Vrai ou faux, c'est
une des
raisons avancées par plusieurs armées européennes
pour leur abandon de Windows.
▪ Malhonnêteté.
Les plaintes se multiplient sur plusieurs
continents. Elles concernent la violation de
brevets et
des lois anti-trusts, les abus de position
dominante. Les
condamnations aux USA et en Europe sanctionnent
ces
pratiques délictueuses.
▪ Code propriétaire.
En termes simples, les programmes
de Microsoft ne sont connus que de lui. Seul
Microsoft
peut tirer parti pleinement de Windows. D'une
part, les
concurrents qui sortent des produits tournant
sur
Windows souffrent de n'en pas maîtriser les
spécificités.
D'autre part, les clients de Microsoft ne peuvent
modifier
le code des programmes qu'ils ont achetés pour
les
rendre plus conformes à leurs attentes.
▪ Cher.
Bill Gates est un stratège hors pair et un marketer
de génie pour recueillir pour lever un impôt
sur le peuple
de ses clients au travers de licence, de mises
à jour, de
nouveaux produits.
Face à cette avalanche de critiques, de condamnations,
de coalitions hostiles le bateau coule-t-il ? Apparemment
non, riche de 53 milliards de dollars de cash, forte
de ses bataillons d'avocats internationaux, campée
au sein de 95 % des PC de la planète, Microsoft
semble rire de l'adversité. Aux USA après des années
de procédures, Bill Gates peut dormir tranquille,
ses arguties ont porté : les amendes sont minimes,
les contraintes légères.
En Europe, la commission européenne condamne le groupe
à une amende historique de 492 millions d'euros, Brad
Smith, l'avocat du groupe fait appel et promet une
procédure longue de " quatre à cinq années ".
Cette stratégie conduit à des délais sans fins ou
à des transactions ou à des condamnations a minima
qui renforcent le groupe et laissent ses concurrents
exsangues ou raides morts.
Quand la situation juridique est incertaine pour Microsoft,
le groupe transige et paie contre abandon des poursuites :
1,6 milliards de dollars à Sun, 440 millions de dollars
à Intertrust . Si les procès se multiplient, ils ne
contrarient pas Microsoft. Le danger vient d'ailleurs
!
L'oriflamme de la croisade semble avoir été levé en
Extrême-Orient. Au début du printemps, de hauts responsables
du Japon, de Chine et de Corée se sont réunis dans
le but de tourner le dos à Windows et d'imposer en
Asie une solution concurrente basée sur Asianux, le
Linux asiatique. C'est une véritable déclaration de
guerre et Microsoft ne s'y est pas trompé, l'enjeu
est double : d'une part, exclure Microsoft progressivement
des grands marchés asiatiques publics dans un premier
temps puis du secteur privé ensuite. Le projet autour
d'Asianux réunit déjà les géants du secteur informatique
D'autre part, Asianux devient un système alternatif
à Windows disponible dès mai 2004, il compte dominer
les marchés asiatiques d'ici trois ans. Déjà l'Inde
et la Thaïlande lancent massivement des PC économiques
équipés de Linux, Windows étant une option payante.
Si ça marche, la deuxième étape est le Brésil et l'Indonésie ...
Dans la bataille, Microsoft propose d'ouvrir son code
au Japon, ce que la firme avait toujours refusé aux
USA et à l'Europe.
L'Europe ouvre un second front, Mario Monti, outre
une amende record, veut contraindre Microsoft à respecter
les règles concurrentielles. Le commissaire européen
déclare " ce sont les consommateurs qui devraient
choisir, pas Microsoft. "
Sans conteste, une politique de containment prend
forme sur plusieurs continents. Une nouvelle question
se pose : quand et comment va-t-elle s'articuler ?
Michel GREZE