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Vendredi 30 avril 2004
 

Vers une politique de " containment " de Microsoft ?

Bonnes affaires

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Au sortir de la deuxième guerre mondiale, l'administration américaine du président Truman trouva face à elle une nouvelle puissance mondiale, l'URSS. Une politique s'imposa le containment : stopper expansion de l'URSS, la contenir puis la faire reculer.

Microsoft, la success story absolue des trente dernières années, aujourd'hui effraie beaucoup plus qu'elle ne séduit. Ses nouveaux projets (main mise sur l'Internet, téléphonie, vidéo-numérique, domotique .) fédèrent de nouveaux ennemis acharnés à sa perte. L'ère du containment a-t-elle sonnée pour la firme de Bill Gates ?

Les accusations sont multiples, parcourons-en quelques-unes :
Sécurité. Microsoft qui équipe plus de 95 % des PC, est
  accusé de développer des systèmes perméables aux
  virus, aux attaques des pirates. Début avril a prévenu
  ses clients de 20 failles dans Windows dont 8 qualifiées
  de majeures. Face aux délinquants d'Internet, aux
  spams, les utilisateurs sont impuissants comme livrés
  aux prédateurs.
Confidentialité. Des rumeurs insistantes affirment que
  les services secrets américains lisent à livre ouvert dans
  les ordinateurs Windows. Vrai ou faux, c'est une des
  raisons avancées par plusieurs armées européennes
  pour leur abandon de Windows.
Malhonnêteté. Les plaintes se multiplient sur plusieurs
  continents. Elles concernent la violation de brevets et
  des lois anti-trusts, les abus de position dominante. Les
  condamnations aux USA et en Europe sanctionnent ces
  pratiques délictueuses.
Code propriétaire. En termes simples, les programmes
  de Microsoft ne sont connus que de lui. Seul Microsoft
  peut tirer parti pleinement de Windows. D'une part, les
  concurrents qui sortent des produits tournant sur
  Windows souffrent de n'en pas maîtriser les spécificités.
  D'autre part, les clients de Microsoft ne peuvent modifier
  le code des programmes qu'ils ont achetés pour les
  rendre plus conformes à leurs attentes.
Cher. Bill Gates est un stratège hors pair et un marketer
  de génie pour recueillir pour lever un impôt sur le peuple
  de ses clients au travers de licence, de mises à jour, de
  nouveaux produits.

Face à cette avalanche de critiques, de condamnations, de coalitions hostiles le bateau coule-t-il ? Apparemment non, riche de 53 milliards de dollars de cash, forte de ses bataillons d'avocats internationaux, campée au sein de 95 % des PC de la planète, Microsoft semble rire de l'adversité. Aux USA après des années de procédures, Bill Gates peut dormir tranquille, ses arguties ont porté : les amendes sont minimes, les contraintes légères.

En Europe, la commission européenne condamne le groupe à une amende historique de 492 millions d'euros, Brad Smith, l'avocat du groupe fait appel et promet une procédure longue de " quatre à cinq années ". Cette stratégie conduit à des délais sans fins ou à des transactions ou à des condamnations a minima qui renforcent le groupe et laissent ses concurrents exsangues ou raides morts.

Quand la situation juridique est incertaine pour Microsoft, le groupe transige et paie contre abandon des poursuites : 1,6 milliards de dollars à Sun, 440 millions de dollars à Intertrust . Si les procès se multiplient, ils ne contrarient pas Microsoft. Le danger vient d'ailleurs !

L'oriflamme de la croisade semble avoir été levé en Extrême-Orient. Au début du printemps, de hauts responsables du Japon, de Chine et de Corée se sont réunis dans le but de tourner le dos à Windows et d'imposer en Asie une solution concurrente basée sur Asianux, le Linux asiatique. C'est une véritable déclaration de guerre et Microsoft ne s'y est pas trompé, l'enjeu est double : d'une part, exclure Microsoft progressivement des grands marchés asiatiques publics dans un premier temps puis du secteur privé ensuite. Le projet autour d'Asianux réunit déjà les géants du secteur informatique D'autre part, Asianux devient un système alternatif à Windows disponible dès mai 2004, il compte dominer les marchés asiatiques d'ici trois ans. Déjà l'Inde et la Thaïlande lancent massivement des PC économiques équipés de Linux, Windows étant une option payante. Si ça marche, la deuxième étape est le Brésil et l'Indonésie ...

Dans la bataille, Microsoft propose d'ouvrir son code au Japon, ce que la firme avait toujours refusé aux USA et à l'Europe.

L'Europe ouvre un second front, Mario Monti, outre une amende record, veut contraindre Microsoft à respecter les règles concurrentielles. Le commissaire européen déclare " ce sont les consommateurs qui devraient choisir, pas Microsoft. "

Sans conteste, une politique de containment prend forme sur plusieurs continents. Une nouvelle question se pose : quand et comment va-t-elle s'articuler ?


                                                        Michel GREZE